WOLFE (TOM)

WOLFE (TOM)
WOLFE (TOM)

WOLFE TOM (1931- )

C’est au milieu des années 1960 que Tom Wolfe fait, en costume blanc de gentilhomme sudiste et Borsalino de dandy, une irruption spectaculaire sur la scène littéraire américaine, où il va devenir le porte-drapeau du «nouveau journalisme». Ses premiers reportages — une course de stock-cars en Caroline du Sud, le milieu de Las Vegas, les «fous de bagnoles» en Californie — portent déjà la griffe qui fera sa notoriété: à travers le croquis d’un personnage pittoresque, il s’agit de faire une radioscopie de la société américaine, et de remplir ainsi la mission qui était traditionnellement celle du roman, à savoir tenir la chronique des mœurs du temps, raconter, pour reprendre le titre-programme d’Anthony Trollope, «comment nous vivons». Le reportage à la première personne a, de vieille date, ses lettres de noblesse dans la littérature américaine et compte quelques classiques, comme l’enquête de James Agee sur les métayers d’Alabama (Louons maintenant les grands hommes , 1941), les articles de John Hersey sur le retour des G.I. (Joe Is Home Now , 1944) ou sur Hiroshima (1946), mais on assiste au début des années 1960 à une nouvelle floraison du genre qu’illustrent notamment les journalistes Gay Talese, Jimmy Breslin, Hunter Thomson, des romanciers comme Joan Didion ou Edward Hoagland, des correspondants de guerre au Vietnam comme John Sacks ou Michael Herr. De ce groupe hétéroclite auquel viennent à point nommé prêter main forte Norman Mailer avec, notamment, ses Armées de la nuit et Truman Capote avec De sang-froid , Tom Wolfe, avec un sens aigu de l’orchestration médiatique, va faire un escadron partant à l’attaque de ce qu’il voit comme la décadence du roman américain.

Né à Richmond, capitale de la vieille Virginie, où son père était rédacteur en chef de la revue Le Planteur du Sud , Thomas Kennerly Wolfe, qui a fait des études de lettres à Yale avant de devenir reporter pour le Washington Post , puis le New York Herald Tribune , fait partie d’une génération dont la jeunesse rêvait encore d’écrire, dans la lignée de Steinbeck, le «grand roman américain». Or le roman américain du milieu des années 1960, fasciné par Beckett, Nabokov et Borges, s’enclôt, dit Tom Wolfe, dans la «maison de l’écriture» pour y narrer des «fables» dont le sujet n’est autre que la narration elle-même, invente des «anti-terres» au lieu de faire la chronique de la nôtre. Le «grand roman américain», ce sont les reporters qui vont donc l’écrire: à eux désormais de faire concurrence à l’état civil et aux sciences sociales.

La principale innovation qu’apporta Tom Wolfe dans le journalisme fut de se départir du ton neutre et feutré du reportage «objectif» pour laisser filtrer la voix de ses sujets: ses portraits sont une sorte de partition ventriloque où une voix reconstitue tous les timbres propres aux parlers américains. De plus, le reporter, au-delà de la transcription des paroles, n’hésite pas à rendre aussi le monologue intérieur qui se déroule dans la tête de ses personnages. Les premiers textes de Tom Wolfe furent rassemblées dans deux recueils: The Kandy-Kolored Tangerine-Flake Streamline Baby (1965) et The Pump House Gang (1968). La même année, Tom Wolfe fait paraître ce qui reste un classique des swinging sixties , The Electric Kool-Aid Acid Test , où il suit, plan par plan, l’odyssée du romancier Ken Kesey et de sa bande — les Merry Pranksters — traversant durant l’été de 1964 le continent américain, de San Francisco à New York, dans un bus «psychédélique», conduit par un ancien combattant beat , le légendaire Neal Cassady. Radical Chic and the Mau-Mauing Flak Catchers (1970) se compose d’un compte rendu satirique de la soirée donnée en avril 1969 chez le chef d’orchestre Leonard Bernstein en témoignage de solidarité avec les Panthères noires, et d’une description drôlatique de la stratégie mau-mau à laquelle les Noirs du ghetto ont recours pour jouer leur rôle dans le théâtre qu’est la vie municipale de San Francisco. Cette veine — la satire des milieux de la culture — est à nouveau exploitée dans The Painted Word (1975) et From Bauhaus to Our House (1981). Dans The Right Stuff (1979), Wolfe retrace les débuts de l’aventure spatiale américaine, mais son talent de sociologue du quotidien et d’observateur des petites scènes de la comédie humaine éclate surtout dans ces essais, où il parvient à saisir l’humeur, le microclimat propres à un moment de l’histoire sociale, comme The «Me» Decade and the Third Awakening paru dans le New Yorker durant l’été de 1976 et repris la même année dans le recueil Mauve Gloves & Madmen, Clutter & Vines , où il sut mieux que personne cerner l’ambiance particulière des années 1970, leur repli introspectif et narcissique qui tranche tant sur l’effervescence baroque de la décennie précédente. Tom Wolfe n’était donc pas l’homme d’une seule brève saison; certes il avait été le plus flamboyant chroniqueur des années 1960, mais on pouvait compter sur lui pour continuer à enregistrer avec une acuité sans pareille les signes et symptômes de l’air du temps américain. À preuve The Bonfire of Vanities (1987), impitoyable radiographie des années Reagan.

Encyclopédie Universelle. 2012.

См. также в других словарях:

  • Wolfe, Tom — orig. Thomas Kennerly Wolfe, Jr. born March 2, 1930, Richmond, Va., U.S. U.S. journalist and novelist. He earned a doctorate from Yale University and then wrote for newspapers and worked as a magazine editor, becoming known as a proponent of New… …   Universalium

  • Wolfe, Tom — ► (n. 1931) Periodista y escritor estadounidense. Obras: La hoguera de las vanidades (1986), Todo un hombre (1999), Soy Charlotte Simmons (2004), etc. * * * orig. Thomas Kennerly Wolfe, Jr. (2 mar. 1930, Richmond, Va., EE.UU.). Periodista y… …   Enciclopedia Universal

  • Wolfe, Tom — pseud. di Kennerly, Thomas …   Sinonimi e Contrari. Terza edizione

  • Wolfe, Tom —    см. Вулф, Том …   Писатели США. Краткие творческие биографии

  • Tom Wolfe — (* 2. März 1931 in Richmond, Virginia; eigentlich Thomas Kennerly Wolfe Jr.) ist ein US amerikanischer Schriftsteller, Journalist, Kunst und Architekturkritiker sowie Illustrator. Er lebt auf Long Island …   Deutsch Wikipedia

  • Wolfe — Wolfe, James Wolfe, Thomas Wolfe, Tom * * * (as used in expressions) Miller, Jonathan (Wolfe) Tone, (Theobald) Wolfe Wolfe, Elsie de Ella Anderson de Wolfe Wolfe, James Wolfe, Thomas (Clayton) Wolfe, Tom Thomas Kennerly Wolfe, Jr …   Enciclopedia Universal

  • tom — /tom/, n. 1. the male of various animals, as the turkey. 2. a tomcat. [1755 65; generic use of TOM] * * * (as used in expressions) Clancy Tom Clark Tom Cruise Tom Hanks Tom Kilburn Tom Mboya Tom Mix Tom Stoppard Sir Tom Watson Tom Wolfe Tom * * * …   Universalium

  • Tom — /tom/, n., v., Tommed, Tomming. n. 1. See Uncle Tom. 2. a male given name, form of Thomas. v.i. 3. (often l.c.) to act like an Uncle Tom. * * * (as used in expressions) Clancy Tom Clark Tom Cruise Tom Hanks Tom Kilburn Tom Mboya Tom Mix Tom… …   Universalium

  • Tom Wolfe — Pour les articles homonymes, voir Wolfe. Tom Wolfe …   Wikipédia en Français

  • Wolfe — /woolf/, n. 1. Charles, 1791 1823, Irish poet. 2. James, 1727 59, English general. 3. Thomas (Clayton) /klayt n/, 1900 38, U.S. novelist. 4. Tom (Thomas Kennerly Wolfe, Jr.), born …   Universalium


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